Jôby, le "gasy" de Montréal


Seul artiste malgache programmé au festival Nuits d’Afrique à Montréal qui s’est achevé dimanche 21 juillet, Jôby se produisait pour la première fois sous son nom sur la grande scène du festival. Incarnant cette nouvelle génération d’immigration artistique au Canada, il a séduit le public avec son style folk-rock qui se démarque du salegy, rythme emblématique de l’île Rouge. Portrait.

Chapeau vissé sur la tête, minois juvénile, regard malicieux, Jôby est bien le fils de son père, Eusèbe Jaojoby, le roi du salegy malgache (rythme côtier endiablé). À l’affiche du 33e Festival international Nuits d’Afrique à Montréal (FIMA), le "gasy" ("malgache") jouait pour la première fois sous son nom.

Il était également l’unique artiste de la Grande île programmé pour cette édition 2019. Arrivé en terre nord-américaine, il y a quelques années, le chanteur a très vite été repéré. Ayant appris qu’il y avait un concours intitulé les Syli d’or, le tremplin organisé tous les ans en amont du FIMA, il s’inscrit sans trop de conviction.

Surprise ! Il finit demi-finaliste de l’édition 2019. Une sélection qui lui offre un set sur la grande scène du FIMA. "J’avais vraiment la pression ! J’ai formé le groupe en quelques semaines et nous n’avons pas eu beaucoup l’occasion de répéter. Mais nous avons transformé cette pression en énergie positive", souligne l’artiste.

Affaire de famille

Faut-il rappeler que dans la dynastie Jaojoby, la musique est innée. De père en fils, de mère en filles, tout le monde pratique la musique, et c’est presque un devoir familial. Contrairement à la descendance féminine ancrée dans la tradition paternelle du salegy, le fils qui a accompagné Jaojoby pendant une vingtaine d’années a pris une autre voie, celle du blues-folk-rock.

"Notre père nous a fait baigner dans la cocotte salegy quand je l’accompagnais en tant que bassiste. Mais j’ai toujours écouté d’autres styles comme le funk, la pop. Finalement ma musique est un peu le fruit de tous ces mélanges, car le salegy reste en moi", raconte Jôby.

Avec sa formation 100% malgache, le musicien incarne cette nouvelle génération d’immigration artistique au Canada. Aujourd’hui, de nombreux artistes originaires de l’Afrique et de l’océan Indien préfèrent émigrer en terre acadienne plutôt qu’en Europe. Les conditions d’accueil y sont beaucoup plus favorables en termes de visas, la France menant par exemple une politique drastique en matière d’immigration artistique.

Venu en repérage à deux reprises, il a eu l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes installés à Montréal qui l’ont convaincu de tenter sa chance, le nombre d'opportunités dans la musique étant important. "J'ai été accueilli à bras ouverts", se souvient Jôby. Et d’ajouter : "je suis arrivé en plein hiver. La température était de –20°, alors que je quittais l’été indien à Madagascar où le thermomètre affichait de +35 °. Le choc thermique a été rude, mais je savais pourquoi j’étais là".

La nostalgie du pays 

À l’aise dans la composition et aussi instrumentiste redoutable passant de la basse à la guitare sans soucis, Jackson de son prénom a écrit un nouveau répertoire pour sa prestation. Pour le FIMA, il mettait un point d’honneur à faire connaître au public montréalais son style métissé.

Parmi ses nouvelles compostions, Mbola ho avy est déjà un succès sur les ondes radiophoniques de Montréal. Signifiant, "je reviendrai", ce titre se veut autobiographique. "Dans cette chanson, je parle des sentiments que ressentent les migrants et les immigrés dès qu’ils vivent dans un autre pays. Nous avons tous la nostalgie du pays. C’est en quelque sorte, un message que j’envoie à la famille, à mes amis, comme quoi je reviendrai. Je ne vais pas rester éternellement là où je vis ! Je raconte également tous les bons souvenirs passés pendant mon enfance", précise-t-il.

Amoureux de sa terre natale, Jôby se veut serein sans prétendre au rêve américain : "j’aime beaucoup le Québec, le Canada et particulièrement Montréal et son cosmopolitisme ambiant. Cela à quelque chose de magique…"

Site officiel du festival Nuits d'Afrique

RFI